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Brain Wash (16/16) (7 new items)

Des couleurs vives envahissent toujours plus les murs de nos grises rues, impression vitalisée sur papier mais pas dans nos esprits hébétés. Triste nuance d'un maccadame omniprésent, désormais recouvert par des affiches aux formats grandissants. La frontière de leur taille ne rencontre que l'arrête hypoténusale de ces immeubles qui nous donnent le vertige. Pâlissant. Ces ersatzs de gaieté urbaine font parties de nos vies, puisqu'ils se trouvent partout où nous posons nos yeux multicolores. Formes rectangulaires qui cachent une mine d'or. De là à dire que tout cela nous est imposé, il n'y a qu'un pas, mais je croyais que nos sociétés libérales étaient basées sur la liberté? On avance, pas-à-pas. Liberté d'entreprendre, de bouger, de parler, de se réunir ou de regarder ce qui nous fait planer. Faut pas déconner. Contraste de plus en plus saisissant entre le joyeux papier imprimé-imposé et les tristes mines qui déambulent en-dessous, on hiérarchise. Ce qui a de la valeur, je te le donne en mille, c'est la marchandise. Le bonheur est à vendre, tout comme la gloire et le succès. Les dealers de sourir sont prêts à tout pour te rendre heureux, ils sont tout près et tous prêts. Manger-communiquer, voyager-rêver ou se soigner-fumer, ils n'ont rien oublié. Du fait sur mesure, ce sont les tailleurs du futur. De tes futures dettes, de ton futur emprunt, des solutions à tes problèmes sans fin. Soif de nouveauté, de gadgets inutiles, une seule paire de pompe serait futile, je veux les bleues, je veux les rouges, jamais sans style. Glou-glou, ça s'accélère. Créateur épileptique de besoins robotiques, on est entré dans une nouvelle ère. L'air de rien, ton pouce travail désormais plus que tes neurones, plus habile avec un écran tactile qu'avec tes opinions. Débile. Ecoute non-disponible, sans parler d'une discussion, un casque de la même couleur que tes traînes-savates ou tes cravattes. Pénible. Mais cela est créateur d'emploi, de vie, de confort, donc finalement peut importe si le PIB (Produit Intelligent Brut) cérébral moyen est en chute libre. Tant qu'il est libre. Jamais déconnecté, client potentiel permanent, les dépendances ne commencent pas avec un sevrage. Je veux que ça pète, alors j'achète! Surtout ne sois pas sage. La valeur d'un citoyen se calcule, si tu veux exister et entrer dans une case, commence par accumuler. En dessous de vingt milles par année, pas la peine de respirer. Durkheim parlait de solidarité organique, d'interdépendance et de complémentarités d'individus divers et variés comme une solution à un problème donné. Orgasmique. Mais comment une société productrice exclusive de richesses et de clivages peut-elle encore être associée à une si belle idée? Je vous parlerai de ravages, de saccages et de carnages sans que tu trouves cela fortuit. Peu importe, tant que c'est gratuit!

Soil (12/12) (2 new items)

Elena Havlicek a un regard de Sioux. La présidente de la Société suisse de pédologie est non seulement capable de repérer quelques baies minuscules dans la prairie, là où un visage pâle ordinaire ne distingue que de l’herbe et des cailloux. Elle arrive aussi à voir à l’intérieur de la terre. Nulle chamanerie là-dessous. Juste une connaissance intime de la nature. Les plantes dépendant étroitement de la composition minérale du sol, il suffit d’apercevoir certaines espèces pour deviner quel type de roche se dissimule à l’ombre de leurs racines. Sur les pentes du Chasseral où elle a emporté ses bêches et ses pelles, la pédologue se fend soudain d’un large sourire. Des myrtilles! Elle vient de débusquer des myrtilles! Excellente nouvelle… Non que ces petits fruits annoncent une parenthèse gourmande au milieu d’un après-midi passé à gratter la montagne. Pour l’amoureuse des sols qu’est Elena Havlicek, ils promettent infiniment mieux: un substrat rocheux particulier. Car ces baies ne prospèrent guère sur le calcaire local, trop peu acide à leur goût. Si elles ont poussé à cet endroit précis, c’est qu’elles ont trouvé là une autre source minérale à laquelle s’abreuver. Une source minérale fascinante: de la poussière alpine. Les sols sont d’une grande variété. Mais la plupart partagent une même caractéristique: ils résultent d’une roche mère homogène. Or il en va ici tout autrement: le sol est métis, fils de deux mères. «Il y a très longtemps, raconte Elena Havlicek, d’énormes glaciers ont débordé des Alpes pour envahir le Plateau. Ils étaient si lourds qu’ils rabotaient et réduisaient en poudre les roches qu’ils effleuraient. L’un d’entre eux, qui culminait à 1000 mètres d’altitude environ, est venu buter contre le Jura. Lorsqu’il a commencé à fondre, les poussières qu’il avait convoyées ont été dispersées par le vent jusque sur le Chasseral, où elles se sont superposées à la roche calcaire autochtone. Les glaciers ont aujourd’hui disparu mais ces limons, des particules de 2 à 50 microns (millièmes de millimètres), sont toujours là.» Là, mais pas partout. Les poussières alpines ne se sont pas réparties uniformément dans le paysage. Avec le temps, elles n’ont que rarement tenu sur les reliefs et se sont accumulées de préférence dans les cuvettes. Un pédologue en trouvera par conséquent des quantités diverses à quelques mètres de distance. A lui de viser juste. Guidée par ses myrtilles, Elena Havlicek ne s’est pas trompée. Le profil de terrain qu’elle rafraîchit présente une forte proportion de poussières alpines. Une poudre qui réagit peu, contrairement au calcaire, aux tests d’acidité auxquels elle est soumise. Certes, le temps a fait son œuvre. Et depuis qu’elles se sont rencontrées il y a 10 000 ans, les roches mères jurassienne et alpine se sont passablement mélangées sous l’action des organismes vivants qui déménagent leurs sels minéraux. Il n’empêche: il s’en faut de beaucoup qu’elles se confondent. Nourri à deux mamelles, le terrain a du potentiel. Mais il reste fragile en raison de deux handicaps. Sa base de calcaire, toute fissurée, l’assèche à force de laisser l’eau s’échapper dans les profondeurs du sol. Et sa pente favorise les chutes de pierres, qui le réduisent au fur et à mesure qu’il tente de prendre un peu d’épaisseur. Son profil témoigne de ces faiblesses, avec sa végétation de prairie maigre et ses couches superposées de pierres et de terre, souvenirs de trente-six éboulis et de trente-six reconquêtes du sol. La terre du Chasseral ne se contente pas de raconter, comme les autres, l’effritement de la pierre sous l’action du vivant. Il narre son déplacement sous l’effet de la glace, du vent et de la gravité. Esquissant une histoire plus lente, plus longue, plus grande encore que la sienne. L’histoire de la roche mère. Etienne Dubuis pour Le Temps (quotidien Suisse basé à Genève)

Super-Position II (14/14)

Super-Position de deux clichés numériques pour une nouvelle esthétique visuelle d'Andalousie

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